Bio

C’est d’abord un sentiment de curiosité qui prévaut lorsque l’on découvre le second album studio de Sarah Olivier Suck My Toe. Car même si on y repère par endroits des sonorités vaguement familières, ce que l’on entend alors possède à l’évidence le goût de l’inhabituel. Une impression qui se confirme lorsque l’on se penche sur le cheminement de cette spectaculaire chanteuse douée pour l’écriture et ouverte à toutes sortes de hardiesses musicales.

Son père, le peintre Olivier.O. Olivier avait cofondé le groupe Panique avec Alejandro Jodorowsky et une poignée d’autres, Roland Topor fut son parrain, elle parle aujourd’hui d’Arrabal comme de « son tonton »

Mais il y a avant tout le parcours à rebonds de celle qui est passée par le théâtre, la danse, les spectacles de marionnette ou le cabaret… La vie artistique de Sarah Olivier est en effet faite d’aventures multiples, elle n’est pas une chanteuse-auteure-musicienne banale, elle déteste d’ailleurs l’idée d’une carrière « sécurisée » ponctuée d’albums qui se ressemblent tous plus ou moins.

Le premier d’entre eux, Pink Galina (salué par un « coup de cœur » de l’Académie Charles Cros en 2014), était paru en 2013, Il ouvrit à la chanteuse de nombreuses portes ; celles des radios (France-Inter notamment) comme celles des salles de concerts.

Car s’il y a un endroit où Sarah explose, c’est bien la scène ! Elle peut tour à tour s’y faire émouvante, théâtrale ou emportée. Des prestations de Sarah Olivier et du groupe de musiciens complices qui l’entoure, il y en a eu des tonnes : aussi bien dans des squats punks que dans des Zéniths affichant complets en première partie des Insus (les ex-Téléphone).

Un album live est même sorti en 2018, Sarah Olivier Steak and Beedies, qui restitue l’une de ses performances scéniques. Un témoignage sur lequel on trouvait déjà « Suck My Toe », une chanson qui sert aujourd’hui de titre à son second album enregistré en studio.

Entre Pink Galina, son premier disque, et Suck My Toe, le nouveau, il se sera donc écoulé six années que Sarah et son trio électrique ont régulièrement passé sur la route, se produisant dans les salles labellisées « chanson française », mais aussi en Angleterre ou en Allemagne dans un autre contexte : celui des clubs minuscules et des squats. Une vie de rockeuse qui a influé sur sa manière de composer, souvent en collaboration avec le bassiste britannique Stephen Harrison, son partenaire musical depuis maintenant dix ans.

En faisant des tournées hors de l’Hexagone, en s’adressant aux spectateurs dans la langue de celles qu’elle aime – Kate Bush. PJ Harvey, Lana Del Rey et tant d’autres – en écoutant sur place les groupes locaux jouer brut, son art a naturellement évolué.

« Lorsque j’ai commencé ce nouvel album, j’étais chargée de cette énergie rock dégagée pendant les concerts. Cela m’a profondément influencée » raconte celle qui est aussi partie vivre aux USA pendant un an, entre autre pour y travailler sur un premier roman.

« Lorsque je suis revenue en France, la plupart des chansons que j’écrivais étaient en anglais. Normal, puisque j’avais parlé cette langue pendant plusieurs mois. »

Ces chansons, « I Drive Fast » ou « Dido’s Lament », on les retrouve aujourd’hui sur Suck My Toe, elles sont mêlées à six autres, « Zonzon » ou « Asphyxie », interprétées en français enregistrées en Bretagne avant l’escapade américaine.

« Cet album fait le pont entre ces deux périodes d’enregistrements » résume leur auteure. « On retrouve dessus des choses qui définissent mon monde musical depuis longtemps. Mais en plus, quelque chose d’assez cru qui y est affirmé, un désir « d’envoyer grave » et de réaliser les choses de manière énergique… Ce disque, c’est aussi un voyage musical qui peut passer d’un rock quasiment classique à de la la new-wave avant d’aller vers des climats plus oniriques ou vers de la chanson à la Barbara, car ma passion pour la langue française demeure intacte. » 

Sarah Olivier rajoute aussi qu’elle a « sans cesse » besoin de se surprendre artistiquement.

Suck My Toe, son second album, qui a été enregistré par Bob Coke (Ben Harper, Noir Désir) et mixé par Erwin Autrique (Mano Negra Benjamin Biolay, Vanessa Paradis) surprend autant qu’il séduit. « Sans cesse », en effet…